Rubrique Les Mots Passants

La nuitée Littéraire 2009

C’était une bien belle soirée, cette nuitée littéraire. Tout était bien. La tiédeur du soir, invitée entre les tables, laissait des blancs réchauffant et on sentait la ferveur des vendeurs et la curiosité des passants lettrés. C’était une douce harmonie et chacun pouvait inventer sa musique, au défilé des étals avenants. J’aime bien ce mélange de cultures, cet échange verbal et leurs écrits sans fin, ces discussions emportées et emportantes voire importantes. Chacun se retrouvait seul, de chaque côté de la table, pour faire un Tout. Ecrire, c’est séduire et lire, c’est succomber en quelque sorte (sourires) et tout ce petit monde se refaisait ses frontières.

D’une table à l’autre, c’était un autre continent étalé, une autre héroïne conquérante, une autre guerre avec ses marionnettes fichues, une autre aventure dédicacée. Tu peux imaginer ces héros dépliés dans leurs livres en train d’échanger leurs missions secrètes, leurs escapades au Bhoutan ou ailleurs, en train de dialoguer dans le froissement des pages survolés ? Cela ferait une belle cacophonie ! Mais il ne faudrait jamais ouvrir les méchants livres de guerre pour ne pas tuer l’ambiance… Les livres d’images ont aussi la part belle, ils se laissent découvrir sous les couvertures et ils offrent des parfums d’évasion et des courants d’imagination sans limites.

C’était une belle soirée. Je ressentais de la ferveur dans les deux camps. Ils ont une sorte de complicité utérine quand ils partagent ce même Amour des mots. L’un pour les raconter et l’autre pour se les approprier. Ce n’est pas un échange, c’est un partage et l’argent n’est que le passeport du voyage convoité. La richesse de l’écrivain n’est pas sa prose prolixe prônant la primeur de ses écrits imprimés... Je crois qu’il recherche profondément de la reconnaissance ou plutôt, ce désir d’être compris avec son histoire. Cela se lit dans ses yeux déjà.

Vendre de la lecture, c’est comme vendre des médicaments, je trouve. C’est injuste de monnayer du talent pour faire rêver son prochain. Ce qu’on nous a donné, c’est pour le partager. Le vendre, c’est voler et par-delà, c’est faire regretter son donateur de ce présent. C’est un sentiment qui me revient parfois. Où est l’alchimie gagnante quand on fixe un prix dans la couverture ? On en veut pour son argent ? Je ne comprends pas bien ces transferts, ces subterfuges subtils échappent à mon entendement de novice. Les transports au cerveau ont des parfums sonnants...

C’était très calme, j’aime bien cette sérénité. On dirait que tout le monde lit ou veut lire. Même les enfants qui couraient sur les planches avaient des tempos de lecture sage et leurs exclamations en faisaient les points… Les bémols font de la musique aussi. Les sourdines sont pour les trompettes de la renommée vaine. Je suis bien d’accord avec toi pour aider les méritants et de garder sain cet esprit sans préférence. C’est la diversité des livres qui fait une bibliothèque heureuse. Un livre ne fait pas l’homme, mais l’homme fait le livre. Donnons la chance aux chanceux. Les réverbères éclairent les nécessiteux aux crayons incessants d’aventures nouvelles. Ils ne gomment jamais ceux-là, j’en connais... Plumes d’Azur sait voler avec ses propres ailes et il fait de beaux voyages..

Ma feuille s’est tarie...

Pascal Dupont

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